le zen et ses cérémonies.

Publié le par Laurent

Sur le forum zen et nous, une intervention de Kaikan concernant la cérémonie, les problèmes de formalisme dans le zen, m'a inspiré cette réponse suivante. Et je me suis dit qu'elle avait sa place ici-même.

 

Il y a quinze ans, j'éprouvais dans la cérémonie une fraîcheur. On m'avait expliqué que c'était l'expression de zazen, et le responsable qui m'a enseigné, n'était pas formaliste...mais les formes étaient habitées du souffle de l'Esprit. Elles nous rassemblaient, elles ne nous divisaient pas. Anciens, nouveaux, on était tous unis dans les mêmes gestes, dans le même souffle.

effectivement, j'ai ressenti, quand il y a eu cette réintroduction de sutras et de formes après la reprise de contact de l'AZI avec le Japon, comme un déssèchement, toute l'énergie n'investissait plus le hara, mais remontait au cerveau...et les querelles se multiplièrent faute d'enracinement et de sérénité vécue dans son corps. Chacun se réclamant des bonnes manières.

Quand on prend le thé dans son bol, est-ce pour contempler le reflet de son ego, ou pour dédier son repas pour toutes les existences??

 

Deshimaru n'a pas tout dit, pensent certains anciens maintenant hauts dignitaires?? J'ai ressenti aussi ce doute en eux depuis plus de dix ans que tout le monde s'agite autour de signes visibles et saisissables de la réalisation. Des formes. Des cérémonies. Des règles.

Ce doute, les a fait prendre un chemin qui n'est à mes yeux pas celui de la libération, mais celui de la dépendance à une église, à une institution.

Est-il étonnant, alors qu'on a été virés d'un dojo, que j'ai écrit à l'AZI, qui ne m'a jamais répondu, que trois ans après, je reçoive aujourd'hui même un courrier pour solliciter ma cotisation?????

Notre sort ne les intéresse pas, mais ils savent nous écrire pour notre argent! Quelle grandeur spirituelle!

 

Oui, Deshimaru n'a pas tout dit car zazen est silencieux, et tout ne peut se dire.

Mais n'a-t-il pas tout transmis??? N'a-t-il pas donné toute sa vie à ses disciples, quelles que soient leurs qualités???

N'a-t-il pas donné ce que Sawaki lui a transmis, et ce que Tokuda, et tant d'autres ont reçu aussi, et nous aussi : faire zazen en silence avec le grand kesa??

Non, il n'a pas tout dit car il voulait que les gens soient créatifs : qu'ils créent à partir de zazen. Qu'ils innovent à partir de la source qu'est zazen. Qu'ils donnent zazen au monde. Deshimaru prétendait que des gens comme nous puissions devenir de grands éducateurs, pour aider le monde à sortir de sa crise. Pas pour enfermer le zen dans des temples, des règles, des formes figées. Il voulait je pense que les règles, les formes, les temples, servent avant tout dans ce but-là, pas pour devenir une fin en soi.

Pas pour faire un zen de bonnes manières. Un zen du costume.

Je n'ai jamais connu Deshimaru, pourtant ce que j'ai reçu, de certains de ses disciples, et ce que j'ai lu de lui, et que je lis ici aussi, me semble absolument évident et sans aucun doute. En fait, il était tellement au-delà de lui-même que j'ai le sentiment que je l'ai toujours connu et qu'il n'est jamais mort.

Par contre, je pense que plein de ses successeurs voudraient le faire oublier, tout en se réclamant de son nom. Je pense même qu'ils ne s'en rendent pas compte, ce n'est pas pour juger. Mais un maître, ce n'est pas une marque publicitaire. Et il y en a d'autres ,des maîtres. Et faire ainsi, c'est faire mourir ce qu'il a voulu faire vivre. C'est dommage.

Je pense que développer de l'arrogance, devenir formaliste, pro des règles, c'est quand au fond on n'est pas sûr spirituellement. Quand on n'a pas touché son vrai centre. Quand on cherche encore à fuir sa souffrance et à fuir le mur. Quand on ne se donne pas la chance d'être heureux sans masque.

C'est facile de fuir le mur quand on ne fait face qu'aux autres et qu'on prend le droit de parler pendant zazen que personne ne conteste. Je l'ai fait, je sais ce que ça fait, on a vite fait de croire qu'on est quelqu'un et d'oublier le silence. Et on ne s'en rend pas compte.

Deshimaru prenait ce droit, peut-être, mais il avait une sacrée clique à tenir. Fallait qu'il soit fort, je pense que Kaikan ne me démentira pas.

Donc, ce n'est pas un décorum, la cérémonie. Ca le devient quand on en perd le sens. Quand on la fait pour faire comme les autres, parce que ça fait bien.

La cérémonie, c'est quand après avoir rejoint son centre pendant zazen, on fait le chemin inverse : on repart vers la périphérie, on manifeste ce qu'on a été rejoindre dans l'intime. C'est au-delà d'être beau, d'être bien fait, d'être bien. C'est être tout simplement. C'est pleinement chanter, c'est pleinement offrir de l'encens. C'est pleinement se prosterner. C'est pleinement dédier son repas à tous les bouddhas et à tous les êtres.

C'est pleinement manger, pleinement boire.

C'est vivre éveillé, assis, debout, allongé, ou en marchant.

Quand on vit, quand on respire pleinement, on n'a pas de façade.

On est, tout simplement.

 

Alors, le 29 Avril, on cela fera trente ans que Taisen Deshimaru est, comme on dit, entré dans le Nirvana. Autrement dit qu'il nous a quitté.

Donc nous pouvons offrir un petit encens, et faire une petite prosternation...après un petit zazen!

Publié dans zen

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Flocon 16/04/2012 08:05


Merci de cette longue réponse. C'est toujours dur de savoir quoi faire dans ce type de situation... Je te souhaite beaucoup de courage, je ne sais pas quoi écrire d'autre.


 


 

Laurent 16/04/2012 15:59



Je te remercie.


Je ne sais si je vais laisser l'intégralité de cette réponse en l'état, en fait ça me gène de nommer trop publiquement ceux qui sont concernés là dedans.


Parce que j'ai peur des retombées. Oui, je suis peut-être lâche, mais chat échaudé craint l'eau froide.


Quoi faire, à la limite, je le fais : on pratique tout seuls.


Mais c'est ce que beaucoup font, et qui me diront de laisser tomber tout ça.


Je ne peux vraiment me résoudre à cela : en ne nommant pas le problème, on ne peut le résoudre. Et il est clair qu'il n'y a pas une volonté de le nommer, voir de ne surtout pas le laisser
émerger. Et c'est à mon sens le processus même de l'ignorance au sens bouddhiste du terme : se voiler la face, ne pas vouloir voir la réalité en face....et donc la souffrance continue sa chaîne
karmique.


En fait se pose la question-même de la réalisation, de savoir si ce qui est enseigné verbalement est appliqué dans le concret. Si cela n'est pas le cas, cela signifie que la transmission n'est
pas vraiment effective, et qu'elle est un jeu d'apparences. Là où j'étais parti pratiquer, s'était posé avec acuité cette question pour moi, car il me semblait que ce qu'on nous proposait de
faire trouvait difficilement champ d'application dans la vie réelle. Là où on devrait faire en sorte d'abolir cette frontière.


Donc ma question, c'est comment donner forme à tout ça, et de créer une alternative. En restant fidèle aux bases, et en tirant leçon des erreurs commises (qui ne sont pourtant pas nouvelles quand
on regarde l'histoire avec recul).



Flocon 15/04/2012 10:17


Bof, ils ont peut-être simplement oublié de retirer ton nom d'une liste, tu sais. C'est courant en milieu associatif.


Tu les dénonces beaucoup, un peu comme si tu pensais qu'il s'agit d'une secte dangereuse que ce serait un devoir de démasquer. J'avoue que je ne crois pas que ce soit le cas. On ne peut pas
savoir, évidemment, mais quand même... Bon, ils ont un peu mal agi avec toi, ou du moins, ils ont mal mesuré les conséquences de leur action. Pour le reste, je ne vois rien de bien terrible à
reprocher à l'AZI. Je suis peut-être mal informée, et ce n'est qu'une remarque en passant.

Laurent 15/04/2012 23:40



Quand un courrier commence en me disant que j'ai oublié peut-être de cotiser, et que ça fait deux ans que je ne reçois plus les publications, c'est que les listes sont à jour (puisque j'ai reçu
les publications plus d'un an après avoir cessé de cotiser avant qu'ils ne s'en aperçoivent et n'arrètent de me les donner).


Je les dénonce beaucoup, parce que j'ai vécu un truc qui pour moi est de l'ordre de la trahison sur un engagement où j'ai mis tout mon être. Bien sûr, je suis subjectif, j'assume. On peut me
reprocher d'être trop sensible, mais il faut vivre cela pour le comprendre, et je pense que très peu le comprennent car peu l'on vécu vraiment.


J'ai tout largué pour suivre quelqu'un, j'ai laissé mille bornes derrière mois. Quand on voit ce quelqu'un qui te laisse tomber comme une vieille chaussette quand tu as un vrai gros problème, que
tu vois que celui qui cautionne des dérives éthiques est le président de l'union bouddhiste française, on peut quand même se dire que ça craint réellement derrière le comptoir!


La question n'est pas moi,à la limite je m'en fous. Ce qui me dérange foncièrement pour des gens se voulant enseigner une pratique spirituelle, c'est qu'ils ont un comportement où ils n'ont de
cesse de travestir leurs errements, pour montrer une façade. C'est à mon sens tout le contraire de Deshimaru, qui je pense assumait ses déconnades, ses erreurs. Bien sûr il était imparfait, mais
je pense qu'il ne tentait pas de le cacher comme ses successeurs.


Car je ne suis pas un cas isolé.


je suis tombé sur quelqu'un qui a eu un engagement de travail comme permanent pendant quelques années avec un de nos nouveaux maîtres. Au bout d'une longue période de boulot tous les jours,
rincé, épuisé, profondément déprimé, la seule réponse de son responsable fût de lui dire de partir. Sans rien demander, sans proposer de l'aide. Pour sûrement mettre quelqu'un à la place, il y en
a plein qui n'attendent que ça.


Je ne parlerai pas de celle qui m'a raconté qu'on lui demandait de ramener du shit au temple. Que les responsables ou le maître se défoncent, à la limite je m'en fous, tant que ça ne retentit pas
sur les autres. Mais s'ils mettent les débutants (car c'était le cas) et avec des problèmes psys certains (ce qui était le cas aussi), là ça craint.


Ni de celle qui m'a raconté un conflit avec la responsable de son groupe, qui au départ voulait en faire sa successeuse, ce qu'elle se refusait à faire car ne se considérant pas assez
expérimentée...pour au final appeler son responsable d'un autre centre tibétain qu'elle fréquentait, pour la discréditer....et aussi interdisant aux autres pratiquants de la contacter.


Ni ce ce gars qui m'a raconté que le responsable du temple un jour le branche en disant qu'il devrait arrèter la musique ou le dessin...alors qu'il a des problèmes psys anciens, et que quand il
sent que ça monte, en sesshin, la musique ou le dessin l'empèchent de décompenser.


Ceci est un petit échantillon. Il y a d'autres cas mineurs, et tout ce que je ne sais pas.


Ce que je dénonce, c'est un total désintérèt pour le zen du terrain, pour ce que vivent les pratiquants.


Tout est organisé pour draguer l'énergie vers les centres, vers les temples, vers les hauts placés.


Quand on apprend que des dons à hauteur de 250000 euros sont sollicités, pour construire des maisons du don, des trucs fastueux, destinés à soit disant promouvoir le dharma, je pense qu'il y a
d'autre moyens, en soutenant les dojos locaux.


Quelqu'un dans zen et nous faisait remarquer que faire des sesshins, pouvait rapporter un bon paquet, quand c'est souvent et avec du monde. Désintéressé, à la fin??


Quand Deshimaru est mort, en fait il y a eu de gros problèmes avec la famille dans le règlement de la succession. Ils étaient héritiers du patrimoine matériel, dont la Gendronnière. Il paraît
qu'elle aurait donc été payée deux fois.


Je sais que les fondateurs des deux temples qui ont suivi, ont investi de l'argent personnel dedans. Cela crée à mon sens une collusion d'intérèts, entre ceux qui sont privés, et associatifs.


Et je crois qu'on n'a pas tiré leçon de l'héritage de Deshimaru et des problèmes rencontrés.


Et à écouter certaines histoires, il est clair qu'au sein du zen soto shu, il y a connexion directe entre intérèts financiers privés et patrimoine lié à la pratique, comme un centre de pratique,
un temple.


J'ai entendu raconter une histoire d'un donateur écclésiastique japonais qui voulait reprendre les sous qu'il avait investis car il voulait partir à la retraite. Tout ça est proprement
hallucinant.


J'ai eu la preuve de ce genre de rapport, par le retour du refoulé que le responsable du groupe qui nous a viré, a exprimé le dernier jour où nous sommes venus en disant texto : "vous êtes ici
chez moi, propriété privée, et j'accueille qui je veux."


Pour nous virer avec un courrier en AR où il invoque une concertation avec les dirigeants de l'AZI et d'autres responsables, alors qu'il ne sont même pas au courant. Et surtout que nous n'avons
pas eu notre mot à dire.


J'ai parle de cela à celui avec qui nous avons pratiqué, pour qui j'avais tout lâché. J'ai écrit à l'AZI pour dénoncer cette attitude.


Personne n'a bougé, et même pas répondu pour l'AZI. Et je ne crois pas que ce soit mal mesurer les conséquences d'une action. Je pense surtout que les intérèts politiques et personnels sont
devenus plus importants pour certains que l'intérèt de la pratique et des pratiquants. Alors que je n'ai pas toujours ressenti cela aussi fort. Ca s'est clairement aggravé depuis dix ans. Et il
semble qu'il vaillle mieux ménager ses accointances avec un haut responsable, quitte à "oublier" de règler un problème de conflit sur le terrain, quitte à perdre des disciples.


Concernant le qualificatif de sectaire, je l'ai entendu prononcer pour la première fois à l'intérieur même de la Gendronnière, concernant un de ces nouveaux maîtres patrons de temple. Ce qui est
plutôt nouveau et un signe fort de malaise.


L'AZI veut une légitimité, depuis des années elle travaille à avoir une image qui paraisse crédible, qui soit politiquement correcte et socialement acceptable. Pourquoi pas, cela peut se
comprendre. Mais cela ne doit pas devenir fin en soi sous peine de perdre contact avec l'essence de notre pratique.


Comme me disait celui qui m'a appris zazen, quand il y a eu la commémoration pour les quarante ans de la venue de Deshimaru en 2007, avec nombre d'huiles de la soto shu (soto shu qui le prenait
pour un allumé et ne l'a pas aidé quand il est venu en France en 67, alors que ce sont des gens du rinzai ou du obaku qui n'ont aidé alors), que s'est-il passé?? Ils ont refait la façade!


C'est aussi toute une attitude, où l'on "oublie" ceux qui ne font pas partie du clan, les autres sanghas. Elles ne sont pas dévalorisées directement. Mais très indirectement, en ne les invitant
pas, en ne leur laissant pas la place pour des émissions télé (les médias parlant du bouddhisme étant assez controlé par tous ces gens-là qui prennent l'espace).


Après, ce sont des choses qu'on ne voit pas forcément quand on débarque. Ca apparaît peu à peu. Ce sont toute une accumulation de problèmes non règlés, qui deviennent des noeuds, et une volonté
de croissance qui veut nier qu'il y a des choses de base à revoir. Avec tous les symptômes qui vont avec.


Donc se présenter comme la plus ancienne et la plus importante association d'Europe pour asseoir la légitimité à demander sa cotisation, ça me paraît plus prétentieux qu'autre chose. Par contre,
me parler d'un projet concret, par exemple former des soigants, travailler sur l'accompagnement en fin de vie, ou d'autres choses, là il y aurait du contenu, de la matière. On en est loin, et
d'autres écoles sont bien plus avancées sur ces points.


Mais on ne peut passer toute son énergie à peaufiner son cadre légal et financier, et à bâtir des stratégies de développement, et en même temps être disponible pour de vrais projets de fond.


Le problème n'étant pas d'agir bien ou pas avec quelqu'un, mais de pratiquer réellement le dharma dont on est censé être garant. Où je me permets de dire qu'on est loin du compte.


Mais comme ceux qui sont insatisfaits, ne sont pas écoutés, car ceux qui ne veulent pas pratiquer sont considérés comme sans détermination, sans foi réelle, comment peuvent-ils entendre la parole
de gens qu'ils n'écoutent de toute façon pas?



Zendo 12/04/2012 11:15


J'ai un peu de mal à comprendre le sens de ton texte. Est-ce que tu veux dire que l'AZI a transformé les rituels ou cérémonies en actions stéréotypées, vides de contenu spirituel ou es-tu contre
le principe même des congrégations religieuses ?


 


Personnellement, je pense qu'une congrégation rattachée à un Sangha est une sécurité pour la pérennisation du Dharma. En effet, on ne risque pas alors de se retrouver dans une sorte d'éclatement
des centres affiliés à une association à cause de conflits de personnes. Par exemple, la Falaise Verte est une congrégation rattachée à Myoshin-ji. De fait, le Zen Rinzaï ne risque pas de
disparaître en France au décès de T.Jyoji. On ne risque pas de se retrouver dans des situations comme celle qu'a connues l'AZI au décès de Deshimaru.


 


Pour ce qui concerne les cérémonies, bien évidemment qu'elles sont l'expression du refuge dans les Trois Joyaux. Les délaisser reviendrait à se couper d'un enracinement qui remonte au Bouddha.
Mais on n'est pas non plus obligé de les exprimer avec ostentation, en particulier quand on pratique seul, en dehors de tout cadre formel. Une seule pensée tournée vers le Bouddha suffit.


 


Concernant ton cas personnel, je rejoins l'avis de Flocon. L'AZI n'est pas (encore) une congrégation religieuse et reste, de fait, une simple association 1901. Symboliquement, ça ne signifie rien
d'autre que ça. C'est un peu, toute proportion gardée, comme un mariage par rapport à un PACS. Cela ne change rien au lien entre deux personnes, mais symboliquement, ça n'a pas la même portée.

Laurent 12/04/2012 14:17



Mon texte rejoignait une réflexion de Kaikan dans un fil au sujet des formes et du formalisme, qui soulignait que certains dirigeants de l'AZI ont importé des cérémonies du Japon quand ils ont
renoué avec la soto shu il y a douze quatorze ans, et certains disant que "Deshimaru ne nous a pas tout dit".


Moi qui n'ai pas autant de bouteille qu'eux, pourtant je n'ai aucun doute sur ce que Deshimaru leur a transmis, car celui qui m'a appris m'a appris l'essence de ce à quoi les formes servaient :
exprimer le coeur, le fond, ce qui est fondamental. Que ce sont un outil de relation, et pas une fin en soi.


Mais comme le disait Kaikan, certains ont transformé ça en formalisme à outrance, car je pense ils n'ont jamais vraiment ressenti le sens spirituel de tout ça. Bien sûr on pourra toujours
objecter :"qu'est-ce qu'un petit freluquet se permet de faire ces réflexions-là?". Mais je me le permets, car j'ai fait l'expérience.


Et j'ai vu, quand on a introduit de nouveaux sutras, des changements dans les règles, les gens se crèper le chignon pour des conneries, en faire un objet de prises de tètes permanentes, alors que
le zen sert à tout sauf à ça!


Jusqu'à aller, comme me racontait Michel, à aller dans un centre d'une nonne certifiée, pour lui dire qu'elle ne connaît rien à la cérémonie! Quel manque de savoir vivre élémentaire!


Donc quand on n'a pas compris le sens spirituel, on fait du mimétisme, de la gestuelle.


C'est exactement le même genre de réflexions que soulevait Deshimaru quand il disait que sans l'ordination zazen devient une gymnastique. Bien sûr, aujourd'hui, je pense qu'il faut relativiser
ces mots, mais par contre comprendre leur sens premier : une pratique formelle peut devenir formaliste.


Cela dit, Tokuda a eu une réponse que j'ai trouvé fabuleuse. Il disait "des gens disent que certaines choses sont des formalités, mais en fait, la formalité, c'est vous!". Excellent!


Il est clair que l'AZI prend le chemin d'une congrégation religieuse. A la limite je n'ai rien contre, encore faudrait-il que ceux qui dirigent aient une véritable vision spirituelle et
religieuse, plutôt que de peaufiner leur maîtrise des cadres administratifs légaux et financiers pour en faire une super entreprise commerciale. Autrement dit qu'il y ait de l'Esprit.


Je ne pense d'ailleurs que ça ne sécurise rien du tout, et que pas grand monde n'a tiré leçon de la mort de Deshimaru. Car pour moi, l'éclatement au sein de l'AZI est consommé depuis longtemps.
Mon sentiment depuis des années, c'est que toutes ces personnes, qui ont parfois entre elles des inimitiés profondes, restent liées juste parce qu'elles ont cet intérèt commun que le dharma est
un peu leur gagne pain, ou qu'elles y ont trouvé une position dans leur vie...et que tous ces gens étaient là quand il n'y avait personne, et n'ont surtout pas envie que ça se renouvelle ni se
rajeunisse...autrement dit qu'on prenne ce qu'ils croient être une place exclusive.


D'ailleurs, en potassant la biographie récente de Deshimaru sortie l'an passé, j'y ait découvert qu'il avait dit que dans l'avenir il y aurait de gros troubles. Je pense qu'il voyait très bien.
Et ne pouvait pas faire mieux.


Pour moi son zen n'a pas disparu, parce qu'il n'a jamais appartenu à personne. Pas même à lui.


Et ce que j'apprécie profondément chez quelqu'un comme Tokuda, c'est qu'il est capable de s'inscrire en complémentarité, avec Deshimaru. Qui est cité dans l'eko de la cérémonie, qui a sa photo
sur l'autel des morts. Il parachève son boulot. Il ne se considère pas comme propriétaire d'un truc exclusif, d'un fond de commerce. Mais il continue la transmission, qu'il considère d'ailleurs
en péril au Japon. Ce qui n'est pas peu dire.


Tout cela pour dire qu'une congrégation ou une structure administrative, pour moi ne garantit rien.


Elle est pour moi, à l'instar de la cérémonie, une forme qui permet d'exprimer le dharma, à condition qu'on garde à l'esprit sa relativité. A savoir qu'elle n'est pas éternelle, qu'elle peut
changer de forme. Qu'elle n'appartient à personne. Et qu'on garde l'esprit de désintéressement, de don, ce mushotoku que Deshimaru présentait comme la dimension ultime de la pratique, ce que je
pense profondément vrai.


Après, je sais que Tokuda aimerait qu'il y ait une affiliation formelle à Eihei-Ji, en tous cas un truc posé comme ce que tu décris de la Falaise Verte. Je pense que c'est juste parce qu'il sait
que ça compte en terme de représentation, pour cautionner une validité. Même si c'est une formalité.


Je comprends ce point de vue, en tous cas j'y ressens une cohérence en terme de spiritualité bien plus grande que ce que l'AZI présente, qui dès le deuxième paragraphe de son courrier pour me
rappeler de payer ma cotisation, se dit être la plus ancienne et la plus importante association zen d'Europe (ce qui d'ailleurs était son nom à sa création). Autrement dit, celle qui a la plus
grosse!


Sinon, ça ne change rien pour mon cas personnel : personne d'autre que moi ne peut tirer mon anneau nasal, personne ne pratiquera à ma place. Sur ce point, quand ma compagne s'assied le matin,
sans m'obliger à rien, elle m'aide bien plus que tout association du monde, par sa pratique-même. Surtout quand ces associations les plus anciennes et importantes laissent virer leurs adhérents,
et ne savent même pas leur répondre quand on leur en parle, mais par contre demander une cotisation.


En fait j'ai une chance : je suis marié avec zazen (enfin, concubin!).



Flocon 10/04/2012 19:54


Mais oui, merci de le rappeler : Deshimaru mérite certainement une pensée particulière pour les trente ans de sa mort.


Sinon, pas de commentaire à faire, sauf peut-être une suggestion : résilie donc ton inscription à l'AZI, et je pense qu'ils ne te demanderont plus de cotisation, tu seras tranquille. C'est une
association loi 1901, tu peux faire ça par lettre recommandée.


Ou autre solution, plus simple : mets leurs courriers à la poubelle sans les ouvrir, comme les pubs.

Laurent 10/04/2012 22:25



Cela fait trois ans que je ne suis plus adhérent à l'AZI!!


Mais ça fait deux fois depuis qu'ils me relancent.


Donc j'en déduis que si ce que je deviens ne les intéresse pas, mon argent un peu plus.


Après, je ne suis pas plus gèné que ça, mais je constate, et je trouve ça révélateur comme attitude, car d'autre signes vont dans ce sens.


J'ai d'ailleurs entendu dire récemment que la Soto Shu était aux abois financièrement : au Japon, les entreprises funèraires privées leur prennent de plus en plus le marché des cérémonies
funéraires qui était leur grande ressource financière. Enfin, aux abois, je pense qu'ils ont de la réserve! Mais qu'ils ont du souci à se faire.


Il est d'ailleurs question que le bureau français (ou européen) de la soto shu soit implanté à la Gendronnière. Mais c'est un projet qui est à l'heure lettre morte, après avoir été proposé.


L'AZI se sotoshuise donc à fond. Ce n'est pas une critique. Mais un constat évident.


Mais comme ça j'ai eu la dernière pubilcation, ça me permet de prendre des nouvelles, dont celles-ci que je viens d'écrire.


Et sûrement un jour ou l'autre, ce sera une congrégation loi 1905.